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Extrait du dossier : AFRIQUE : LES CAUSES DE LA FAIM
Planète Humanitaire Nº 15 ETE 2006
 
Comprendre les causes de la faim
 
La sécurité alimentaire se définit comme « l’accès durable à l’alimentation nécessaire à une personne pour être en bonne santé et mener une vie active normale. Or, si depuis les années 1960, les disponibilités alimentaires ont augmenté de 20% par habitant, plus de 815 millions de personnes dans le monde, soit une personne sur sept, souffrent toujours de sous-alimentation chronique. Certaines régions en Afrique font face à des crises alimentaires récurrentes, voire à des famines. Comment expliquer un tel paradoxe ? Quelles en sont les causes ?
 
Pour satisfaire les besoins nutritifs, on estime que chaque personne doit disposer d’au moins 2.100 calories par jour, ce qui est loin d’être le cas en Afrique. Ce continent est devenu malgré lui le symbole emblématique de la faim après les nombreuses crises qui ont marqué l’actualité : famines au Biafra, en Ethiopie, crises alimentaires au Niger, au Malawi, au Darfour… Et pourtant, certains auteurs se dressent pour affirmer que le monde peut encore nourrir jusqu’à 11 milliards de personnes, car « les réserves de production sont considérables : les pays riches ont choisi de limiter volontairement leur production (…) ; dans les pays en voie de développement, la FAO estime que l’on pourrait mettre en culture 700 millions d’hectares supplémentaires (…) ; en Afrique, comme en Amérique latine notamment, les réserves de terre disponibles restent considérables.1» Comment expliquer cette situation d’insécurité alimentaire sur le continent noir ? La pauvreté en est la cause principale. Elle concerne les populations qui ne disposent pas de moyens suffisants pour acheter de quoi manger à leur faim, à cause de leurs faibles capacités productives ou de leur absence de revenus suffisant. Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998, affirme que le problème réside dans la répartition des ressources sur la planète, dans les inégalités et la misère.
 
Les événements climatiques exceptionnels (cyclones, sécheresses…) et les catastrophes biologiques (invasion de criquets, pullulation de parasites…) se surajoutent à la fragilité économique de certains pays en voie de développement. De même, la question de l’accession à l’eau en Afrique est centrale : « la plupart de ses habitants vivent dans des régions bien arrosées, voire trop arrosées ; (…) paradoxe, même lorsque l’eau abonde, elle manque (…) ; [enfin,] c’est en Afrique, plus que nulle part ailleurs, que la mauvaise qualité de l’eau constitue le premier facteur de mortalité2. » En outre, pour l’ex-présidente d’Action contre la faim, Sylvie Brunel, « la carte des famines se superpose à celle des guerres. » En effet, « les famines qui se sont produites lors de la « décennie du chaos » en Afrique ont presque toutes été dues à la guerre.3 ».
 
Les taux de natalité importants sont aussi pointés du doigt par certains experts4, alors que d’autres y voient au contraire un potentiel de dynamisme : « Selon Albert Hirschman, la pression démographique a été l’un des moteurs de la croissance dans les pays avancés. En effet, la pression démographique a tendance à susciter une contre réaction de la société en vue de maintenir un niveau de vie stable.5 » Enfin, la situation sanitaire, la difficile accession aux soins et aux traitements, la progression des épidémies comme le VIH/SIDA, le paludisme etc., concourent à affaiblir le potentiel humain du continent et accroître le taux de mortalité.
 
Ainsi, la pauvreté, la sécheresse, les invasions de criquets, la mauvaise répartition de l’eau, les conflits, l’importance des naissances et les problèmes de santé constituent les « sept plaies » du continent et autant d’obstacles pour le développement et l’essor économique.
 
1 La faim dans le monde, Sylvie Brunel, pp. 50-51.
2 Afrique, Sylvie Brunel, p. 145.
3 Ibid. p. 178
4 «Un homme qui est né dans un monde déjà occupé, s’il ne lui est pas possible d’obtenir de ses parents les subsistances qu’il peut justement leur demander et si la société n’a nul besoin de son travail, n’a aucun droit à réclamer la moindre part de nourriture. » Thomas Robert Malthus.
5 Créer la prospérité en Afrique, Eugène Nyambal, p. 97.
 
 
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