SECURITE ALIMENTAIRE ET MOYENS D’EXISTENCE

Sénégal et Madagascar : des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC) réservées aux femmes vulnérables

Pour contribuer au développement des moyens d’existence de femmes en voie d’exclusion à Madagascar et au Sénégal, le Secours Islamique France (SIF) a mis en place un système d’épargne communautaire. Fondées sur des règles strictes et gérées par  leurs membres, ces AVEC sont notamment destinées à favoriser la création et la pérennité d’activités génératrices de revenus.  

L’un des points communs entre Madagascar et le Sénégal est le taux de chômage des femmes, très élevé. Au Sénégal, plus d’une femme sur trois est concernée, une part largement supérieure aux hommes (13%)*. Du côté de Madagascar, six personnes sans emploi sur dix sont des femmes**. Pauvreté, insécurité alimentaire, anxiété, marginalisation sociale… Les conséquences sont graves.

*Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) du Sénégal.
** Office national de l’emploi et de la formation (ONEF) de Madagascar.

Le SIF met en place des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC)

Basé de longue date dans ces deux pays d’Afrique, le Secours Islamique France (SIF) y mène des projets spécifiques pour aider les femmes en voie d’exclusion à développer et renforcer leurs moyens d’existence sur le long terme. C’est le cas du programme des AVEC, mis en place par nos équipes.

Ces AVEC s’organisent en groupement d’une trentaine de femmes au maximum, toutes âgées de 20 à 30 ans. Toutes les semaines, chacune des membres est tenue de verser une somme d’argent fixée au préalable. Au Sénégal, elle est comprise entre 100 et 500 Francs CFA (entre 0,15 et 0,75 centimes d’euro). Chargée de programmes Afrique-Haïti au SIF, Mélanie P. explique :

Au Sénégal et à Madagascar, « les AVEC renforcent la sécurité alimentaire et l’émancipation des femmes », souligne la Chargée de programmes Afrique-Haïti du Secours Islamique France.

« Le système des AVEC permet à des femmes très vulnérables d’avoir accès au crédit, ce qui leur est impossible via une banque. Ce sont des petites sommes, mais elles restent très utiles pour le développement d’activités génératrices de revenus, et pour l’émancipation de ces femmes, qui peuvent participer aux dépenses du foyer… »

Par activités génératrices de revenus, notre collaboratrice fait référence au maraichage et au petit élevage, individuel ou collectif. La création d’un petit commerce, ou encore l’achat, le stockage et la vente de mil et autres céréales sont d’autres exemples. Ces revenus stables permettent à ces femmes d’améliorer significativement leurs conditions de vie sur le long terme. Le SIF en profite d’ailleurs pour créer un cercle vertueux : par exemple, nos équipes se fournissent directement auprès des éleveuses pour constituer les colis alimentaires de nos actions Aïd Al Adha.

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À Madagascar, comme au Sénégal, les AVEC permettent à des femmes vulnérables d’investir sans risques pour développer des activités génératrices de revenus (AGR).

La caisse principale est complétée par une caisse de solidarité et un fonds pour les projets collectifs

Le système est renforcé par deux fonds parallèles. L’un d’entre eux est réservé aux achats en commun, généralement alimentaires dans des pays très dépendants du rendement de l’agriculture. Mélanie P. décrypte :

« Pendant la période de soudure, c’est-à-dire le moment qui sépare l’épuisement des réserves agricoles de la nouvelle récolte, les prix peuvent augmenter à cause de la spéculation, et des businessmen proposent des prêts à fort taux. Bien souvent, les personnes vulnérables n’ont pas d’autre choix que de s’endetter lourdement. Constituer une réserve permet d’assurer la sécurité alimentaire des membres des AVEC, tout en préservant une source de revenus et en limitant la hausse des prix : ces femmes peuvent en revendre une partie à la valeur du marché… »

L’autre fonds est appelé « caisse de solidarité. » En plus de leur contribution hebdomadaire, les membres des AVEC versent une petite somme complémentaire, réservée aux coups durs. « La caisse de solidarité permet à ces femmes de faire face à une grosse dépense imprévue, précise Mélanie P. Cela peut concerner, par exemple, le décès d’un proche, ou le règlement de frais de santé. »

En toile de fond, une ligne directrice : diversifier les possibilités financières pour renforcer la résilience de ces femmes vulnérables face aux chocs. Au Sénégal, le SIF a mis en place une centaine d’AVEC dans les zones urbaines et rurales de Dakar, la capitale. C’est d’ailleurs le succès du projet dans ce pays d’Afrique de l’Ouest qui a incité nos équipes à le déployer en 2022 à Madagascar, où sévit une crise humanitaire très grave. Sur l’Île, 150 femmes démunies y sont actuellement réparties entre six AVEC, rigoureusement structurées comme au Sénégal.

Pour assurer la pérennité des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit, le SIF a défini des règles et un cadre rigoureux, indispensables à la confiance

En effet, les équipes du SIF ont fixé un cadre précis pour assurer la viabilité et la pérennité de ces AVEC. Dans un premier temps, un comité directeur est élu. Il est constitué, notamment, d’un président, d’un secrétaire et d’un trésorier, et est chargé, entre autres, de tenir un carnet de comptes. Notre Chargée de projets Afrique-Haïti explique :

« Le SIF établit des règles. Par exemple, un système d’amendes est mis en place pour les membres d’AVEC qui ne joueraient pas le jeu. Pour renforcer la sécurité et la confiance, la caisse dispose de trois clés, qui sont en possession de trois membres du comité directeur. Ce dernier est formé et accompagné par nos équipes, chargées d’organiser des réunions de suivi, de médiation et d’ajustement. C’est capital pour atteindre un équilibre… »

Les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit, qui fonctionnent sur des cycles de trois ans, renforcent la cohésion sociale au sein des communautés

Atteindre l’équilibre au sein des AVEC, et renforcer la cohésion sociale. Outre l’aspect financier, ces structures sont des lieux d’échanges, propices à la résolution sereine d’éventuels conflits communautaires. Le SIF prend d’ailleurs beaucoup de précautions, conclut Mélanie P. :

« Les AVEC fonctionnent sur trois ans. À chaque fin de cycle, les économies sont partagées entre les membres pour éviter que la caisse accumule trop d’argent. De nouvelles AVEC sont alors fondées, et repartent de zéro. En tant qu’ONG, on doit limiter les risques de conflits : cumuler trop de cash, c’est les multiplier, et attirer les convoitises dans des contextes de grande précarité. Ce n’est pas le but ! »

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Les membres des AVEC se réunissent régulièrement pour cotiser et contrôler le bon fonctionnement du système

ONG de solidarité internationale, le Secours Islamique France est labélisé par le Don en Confiance.