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Soudan : les conséquences à long terme des déplacements forcés
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Soudan : les conséquences à long terme des déplacements forcés
En avril 2023, un conflit armé éclate au Soudan, provoquant l’une des plus graves crises de déplacement forcé de l’histoire récente. Depuis le début du conflit, plus de 15 millions de personnes ont dû fuir leur foyer. Parmi elles, environ 8,8 millions ont été déplacées à l’intérieur du pays, tandis que des millions d’autres ont trouvé refuge dans les pays voisins, notamment au Tchad, en Égypte, au Soudan du Sud et en Éthiopie. *
Plus de trois ans après le début du conflit, les déplacements de populations initialement considérées comme temporaires s’inscrivent désormais dans la durée. Des familles qui pensaient rentrer chez elles après quelques semaines font désormais face à des années d’incertitude. Leurs économies se sont épuisées, leurs moyens de subsistance ont été détruits et leurs enfants ont parfois passé plusieurs années loin de l’école.
Présentes au Soudan depuis 2020, les équipes du SIF constatent l’évolution des besoins des populations déplacées. Pour Mouzamil, responsable des programmes du SIF au Soudan, la nature même de l’aide a changé :
« La priorité n’est plus seulement de survivre au déplacement, mais de reconstruire sa vie et de retrouver son autonomie et sa dignité ».
* Organisation internationale pour les migrations (OIM)
Pourquoi autant de personnes ont-elles été déplacées ?
Avec une population d’environ 53 millions d’habitants, plus d’une personne sur cinq au Soudan a été déplacée par le conflit. Les combats, qui ont débuté à Khartoum, se sont rapidement étendus à une grande partie du pays, détruisant des logements, des écoles, des établissements de santé, des marchés et des moyens de subsistance. Mais les affrontements ne sont pas la seule cause des déplacements forcés, précise Mouzamil :
« Les personnes ne sont pas déplacées uniquement en raison des combats directs. L’insécurité, la peur, les pillages, la perte des moyens de subsistance, les pénuries de nourriture et d’eau ainsi que l’effondrement des services essentiels jouent également un rôle majeur. De nombreuses familles ont été déplacées à plusieurs reprises, et doivent changer de lieu chaque fois que la situation sécuritaire se dégrade. »
Aujourd’hui, le Darfour concentre la plus forte concentration de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Les attaques contre les camps de déplacés et l’insécurité persistante rendent le retour impossible pour de nombreuses familles.

Les besoins des personnes déplacées
Les camps de déplacés à travers le Soudan restent surpeuplés, avec un accès limité à la nourriture, à l’eau et aux services essentiels. Selon des enquêtes menées dans plusieurs États montrent que 70 % des ménages déplacés déclarent ne pas pouvoir se procurer suffisamment de nourriture pour leur famille. Ce chiffre illustre les difficultés auxquelles ils sont confrontés au quotidien. *
Au début de l’année, les équipes du SIF ont déployé une réponse humanitaire d’urgence dans le nord-est du pays, à Port-Soudan. Dans sept camps de déplacés, elles ont distribué plus de 1 500 colis alimentaires et 1 500 kits d’urgence, au bénéfice de plus de 7 500 personnes, dont une majorité de femmes et d’enfants.
Mais après plus de trois ans de déplacement, les besoins dépassent largement l’aide alimentaire et la mise à l’abri d’urgence. Mouzamil le constate sur le terrain :
« Les personnes déplacées ne recherchent plus uniquement une aide d’urgence. Elles ont besoin de logement, d’éducation, de soins, de moyens de subsistance et de protection, mais aussi de possibilités de reconstruire leur vie dans la dignité, avec davantage de résilience et d’autonomie. »
*Observatoire des déplacements internes (IDMC)
Des déplacements qui dépassent les frontières du Soudan
Des millions de Soudanais ont également cherché refuge dans les pays voisins, ce qui exerce une pression supplémentaire sur des communautés d’accueil déjà vulnérables.
Tchad
Dans l’est du Tchad, près d’un million de réfugiés soudanais ont franchi la frontière depuis le début du conflit. Nombre d’entre eux arrivent dans des régions reculées où l’accès à l’eau, aux soins et aux moyens de subsistance était déjà limité.
Le SIF accompagne les populations réfugiées dans des camps comme celui de Marassabré, dans la province du Wadi Fira, où ses équipes ont fourni des millions de litres d’eau potable, ainsi qu’une aide alimentaire et des kits d’urgence.
Pour améliorer durablement l’accès à l’eau potable, le SIF a également réalisé des forages et distribué des systèmes de traitement de l’eau au bénéfice des réfugiés comme des communautés d’accueil. Ces actions favorisent la coexistence pacifique entre les populations.
Égypte
En Égypte, la majorité des réfugiés soudanais vivent au sein des communautés urbaines, aux côtés d’autres populations réfugiées, notamment venues de Gaza, plutôt que dans des camps.
Ces familles font face à des difficultés différentes : hausse du coût de la vie, accès complexe aux documents administratifs et possibilités limitées en matière d’emploi, d’éducation et de soins. Mouzamil résume ce qui distingue leur situation de celle des déplacés internes :
« La principale différence avec les personnes déplacées à l’intérieur du Soudan réside dans leur statut juridique. Les réfugiés doivent composer avec les systèmes d’un autre pays, notamment pour l’enregistrement, le séjour, les documents administratifs et l’accès à l’emploi. »

Les femmes et les enfants particulièrement exposés
Le déplacement prolongé touche l’ensemble des populations, mais les femmes et les enfants restent parmi les plus exposés aux risques. Les femmes et les filles sont particulièrement vulnérables aux violences fondées sur le genre. Elles assument également une grande partie des responsabilités liées à l’accès à la nourriture et à l’eau et à la prise en charge de leurs familles, souvent avec peu de possibilités de générer un revenu. Mouzamil souligne également leur rôle essentiel :
« Les femmes ne doivent donc pas être considérées uniquement comme des bénéficiaires de l’aide. Elles sont aussi des actrices de la prise de décision, de l’économie et de la vie de leurs communautés. »
Les enfants sont également parmi les premières victimes de ces violences. Au cours des six premiers mois de 2026, au moins 330 enfants auraient été tués ou blessés au Soudan, notamment au Darfour et au Kordofan. Plus de 5 millions d’enfants soudanais ont été déplacés, tandis qu’environ 8 millions sont privés d’éducation*. Au Darfour, près de 3 millions d’enfants en âge d’être scolarisés n’ont plus accès à l’éducation. *
« Plus les enfants restent éloignés de l’école, plus les risques de retard d’apprentissage, de décrochage scolaire, de travail des enfants, d’exploitation et de mariages précoces augmentent. Le Soudan risque de voir émerger une génération sacrifiée. »
Mouzamil, responsable des programmes du SIF au Soudan
*UNICEF
Au-delà de l’aide d’urgence
Les organisations humanitaires continuent de fournir une assistance vitale, mais les besoins des familles déplacées évoluent.
La nourriture, l’eau potable et la mise à l’abri restent indispensables. Après plusieurs années de déplacement, les communautés ont également besoin d’un accès durable à l’éducation, aux soins, au logement et aux moyens de subsistance, ainsi que de possibilités de reconstruire leur avenir.
Reconstruire une vie durable et digne
En 2026, certaines familles soudanaises commencent à rentrer chez elles. Mais beaucoup retrouvent des habitations endommagées, des infrastructures détruites et un accès limité aux services essentiels, ce qui compromet la durabilité de leur retour. Pour Mouzamil, le succès de ces retours ne se mesure pas en nombre de départs :
« À mes yeux, la réussite d’un retour ne doit pas simplement être mesurée au nombre de personnes qui rentrent. La véritable question est : peuvent-elles rester en sécurité, reconstruire leurs moyens de subsistance, accéder aux services essentiels et vivre dans la dignité ? »
Qu’il s’agisse de personnes déplacées à l’intérieur du pays, de réfugiées dans un pays voisin ou de familles qui rentrent chez elles, l’aide d’urgence n’est que le début. Grâce à vos dons, le SIF peut soutenir des projets de long terme pour réhabiliter les infrastructures, aident les enfants à reprendre le chemin de l’école et permettent aux familles de reconstruire leur vie après des années de précarité, d’incertitude et de déplacement.



