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Le SIF à la 7e Conférence nationale humanitaire (CNH) 2026
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Le SIF à la 7e Conférence nationale humanitaire (CNH) 2026
Placer la protection de l’enfance au cœur de la diplomatie humanitaire
Jeudi 6 octobre, le Secours Islamique France (SIF) a participé à la 7e édition de la Conférence nationale humanitaire (CNH), un rendez-vous majeur réunissant les acteurs humanitaires, la société civile et les pouvoirs publics en France.
Organisée par le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, en partenariat avec les ONG humanitaires françaises, la CNH constitue un espace de dialogue consacré aux principaux défis auxquels est confronté le secteur humanitaire et aux millions de personnes dont la vie dépend de l’aide et de la protection humanitaires. Le SIF était à nouveau pleinement impliqué dans cette édition en tant que membre du comité de pilotage.
Pour le SIF, cette conférence constituait une occasion importante de contribuer aux échanges sur l’avenir de l’action humanitaire, mais aussi de porter des engagements politiques renforcés en faveur de la protection des enfants pris dans les conflits.
Le Président Macron et le ministre Jean-Noël Barrot alertent sur la situation humanitaire
La conférence s’est ouverte par une intervention vidéo du Président Emmanuel Macron, qui a évoqué le contexte de plus en plus difficile dans lequel interviennent les organisations humanitaires.
« La France se tient aux côtés des acteurs humanitaires. La conférence de cette année est un espace de dialogue dans un contexte marqué par des besoins humanitaires considérables, avec un niveau de conflits jamais vu depuis 1945. L’accès humanitaire sûr et sans entrave doit être garanti. »

Le Président Macron a notamment évoqué les situations au Yémen et en Palestine, où des millions de personnes continuent de subir les conséquences des conflits et où les femmes et les filles figurent parmi les premières victimes. Il a également souligné que l’éducation des filles demeure une priorité pour la France.
Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, était présent aux côtés des représentants de la société civile et des organisations humanitaires. Dans son intervention, il a accordé une attention particulière à la situation humanitaire dramatique au Soudan, où plus de 30 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire. Le SIF est présent dans le pays depuis 2020.
« On ne le dit pas assez, mais le Soudan est la plus grave crise humanitaire du monde. Je l’ai vu de mes propres yeux à Adré : des atrocités commises contre des populations qui essaient de traverser la frontière. »
Le SIF salue les propos forts et engageants du Président de la République et de Mr le Ministre Barrot :
- Pour la défense de l’état de droit,
- Le renforcement du droit international humanitaire,
- Pour le soutien à des initiatives au niveau national et international en faveur de la protection des travailleurs humanitaires, par l’amélioration de la redevabilité face aux attaques et la réduction des risques pour nos collègues.
Des besoins humanitaires en hausse dans un contexte de baisse de l’aide
Dans ce contexte de hausse des besoins humanitaires, la conférence a également été largement consacrée à la réduction drastique des budgets consacrés à l’aide au développement et à l’action humanitaire.
Aux côtés des ONG humanitaires membres de Coordination SUD, le SIF alerte sur une trajectoire budgétaire de plus en plus préoccupante. L’aide publique au développement (APD) de la France est passée de 8 milliards d’euros en 2023 à 2,5 milliards d’euros projetés en 2027, soit une baisse de 69 %. Entre 2026 et 2027, la diminution devrait à elle seule atteindre 43 %, soit une baisse de 1,9 milliard d’euros.

Ces coupes interviennent alors même que les besoins humanitaires augmentent fortement à travers le monde. Tout au long de la conférence, les représentants du SIF ont porté des brassards noirs aux côtés de leurs collègues du secteur humanitaire afin d’alerter sur cette contradiction et d’appeler à davantage de cohérence politique entre l’engagement affiché de la France en faveur de la solidarité internationale et les moyens mobilisés pour le mettre en œuvre.
Le ministre a directement abordé cette question dans son discours d’ouverture, reconnaissant les conditions difficiles dans lesquelles travaillent les acteurs humanitaires :
« Il n’y a pas de métier plus risqué ni plus noble que celui d’acteur humanitaire. En 2027, les moyens financiers consacrés à l’aide humanitaire augmenteront. Notre soutien aux ONG sera stabilisé après plusieurs années de baisse. »
Pour le SIF, il sera essentiel que ces engagements se traduisent par des financements concrets, prévisibles et durables dans les mois et les années à venir.
Faire de la protection de l’enfance une priorité politique
Dans le cadre de son engagement en faveur de la protection de l’enfance, le SIF est récemment devenu membre de l’Alliance for Child Protection in Humanitarian Action. Cette alliance constitue un réseau mondial réunissant des organisations opérationnelles, des institutions universitaires, des décideurs, des bailleurs et des praticiens, avec pour mission de promouvoir « des interventions efficaces en matière de protection de l’enfance dans les contextes humanitaires, qu’ils concernent ou non des réfugiés ».
La protection de l’enfance a constitué un thème central de la conférence. Alors que les conflits se multiplient et se prolongent, les enfants en subissent une part disproportionnée des conséquences. Ils sont exposés à de graves violations de leurs droits, notamment aux meurtres et mutilations, au recrutement et à l’utilisation par les forces et groupes armés, aux attaques contre les écoles et les hôpitaux, aux enlèvements et aux violences sexuelles.

Dans son intervention, le ministre Jean-Noël Barrot a souligné l’urgence de la situation :
« Les violations graves des droits de l’enfant n’ont jamais été aussi nombreuses. La protection des enfants dans les conflits ne peut être reléguée au second plan. »
À la suite de l’intervention du ministre, Valentina Origoni, directrice Plaidoyer et Relations Institutionnelles du SIF, s’est directement adressée à lui. Elle a saisi cette occasion pour présenter les recommandations du SIF et appeler à transformer le constat dressé lors de la conférence en engagements politiques concrets :
« Dans les pays où nous intervenons, de plus en plus d’enfants sont exposés aux risques, tandis que les services censés les protéger disparaissent ou se détériorent. Face à l’ampleur des violations du droit international humanitaire et des droits de l’enfant, la France doit faire de la protection de l’enfance une priorité transversale de sa diplomatie humanitaire. »

Pour aller plus loin, consultez notre rapport, Enfants dans les conflits armés : Comment mieux les protéger ?
Faire respecter le droit international humanitaire
Vanessa Frazier, représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés (OSRSG CAAC), a également évoqué les violations de plus en plus graves qui affectent les enfants dans les situations de conflit armé.
Le SIF est en dialogue régulier avec l’OSRSG CAAC dans le cadre de son travail de plaidoyer visant à renforcer la protection des enfants et à encourager une action politique accrue du gouvernement français.
Évoquant le contexte international actuel, Vanessa Frazier a souligné l’importance de cette année et la dégradation du respect du droit international humanitaire :
« Pour la première fois en 40 ans, les États sont les acteurs qui commettent les violations les plus graves. Les outils existent pour agir, mais le problème réside dans l’abandon continu du droit international. »
Ses propos soulignent un défi fondamental pour le secteur humanitaire : le cadre juridique international existe, mais son efficacité dépend de la volonté des États de le respecter et de le faire respecter.
Pour le SIF, renforcer le respect du droit international humanitaire et garantir la redevabilité face aux violations constituent donc des éléments essentiels de toute stratégie visant à protéger efficacement les enfants affectés par les conflits.
Des engagements politiques à l’action concrète
La Conférence nationale humanitaire a constitué une occasion importante pour le SIF de rappeler que les déclarations politiques doivent être suivies de mesures concrètes.
Alors que le ministre Jean-Noël Barrot a réaffirmé que la solidarité est profondément ancrée dans les valeurs de la République, le SIF poursuivra son travail de plaidoyer afin de veiller à ce que les engagements annoncés lors de la conférence soient effectivement mis en œuvre avant la fin du mandat d’Emmanuel Macron.
Depuis 2025, le SIF pilote le groupe de travail « Droits de l’enfant » du Conseil national pour le développement et la solidarité internationale (CNDSI). À travers ce travail multi-acteurs, le SIF contribue à identifier des pistes concrètes pour renforcer la protection des enfants dans les politiques humanitaires et diplomatiques françaises. À l’issue de ces échanges, le SIF a présenté au ministre trois recommandations prioritaires.
1. Élever la protection de l’enfance au plus haut niveau politique
La protection de l’enfance doit devenir une priorité politique au plus haut niveau et être systématiquement intégrée à la doctrine humanitaire et à l’action diplomatique françaises. Il s’agit de faire en sorte que la protection des enfants soit prise en compte dans l’ensemble des politiques humanitaires, plutôt que d’être considérée comme un enjeu spécialisé ou secondaire.
2. Renforcer la formation des diplomates aux droits de l’enfant dans les situations de conflit
Les diplomates français doivent bénéficier d’une formation renforcée sur les droits de l’enfant et sur les risques spécifiques auxquels les enfants sont exposés dans les situations de conflit armé. Cela permettrait de renforcer l’appropriation et la diffusion des positions françaises en matière de protection de l’enfance, tout en assurant une plus grande cohérence entre les engagements internationaux de la France et son action diplomatique.
3. Intégrer les droits de l’enfant à toutes les initiatives diplomatiques relatives aux conflits et au droit international humanitaire
Les engagements en faveur de la protection des enfants doivent être intégrés à toutes les initiatives diplomatiques pertinentes relatives aux conflits armés, à la protection des civils et au droit international humanitaire. La protection de l’enfance ne doit pas être cantonnée aux conférences ou événements qui lui sont spécifiquement consacrés. Elle doit au contraire être intégrée systématiquement aux prochaines échéances diplomatiques, notamment aux négociations sur les résolutions omnibus relatives aux questions humanitaires et aux réfugiés, à l’initiative multi-pays sur le droit international humanitaire et aux négociations sur un traité relatif aux crimes contre l’humanité.
Vers 2027 : transformer les engagements en résultats
La Conférence nationale humanitaire 2026 a mis en lumière une contradiction majeure à laquelle le secteur humanitaire est aujourd’hui confronté : les besoins humanitaires atteignent des niveaux sans précédent, alors même que les budgets consacrés à l’aide internationale ont fortement diminué et que le respect du droit international humanitaire est soumis à une pression croissante.
Si le SIF se félicite des annonces positives concernant les futurs financements humanitaires, il poursuivra son travail aux côtés des organisations humanitaires, de la société civile et des pouvoirs publics français afin de veiller à ce que les engagements pris se traduisent par des améliorations concrètes pour les enfants vivant dans des contextes de conflit et de crise.



