INONDATIONS AU SOUDAN

Le SIF agit en faveur des populations touchées par les inondations
et la crise alimentaire

L’heure est grave au Soudan. En juillet, des pluies torrentielles se sont abattues sur le troisième plus vaste pays d’Afrique, situé au nord-est du continent. Pire encore, le Nil Bleu a largement débordé de son lit. La montée des eaux du fleuve, couplée aux conditions météorologiques toujours très difficiles, a intensifié ces derniers mois les ravages matériels et sanitaires provoqués par les inondations.

Le quotidien de la population locale, déjà précaire, a été bouleversé du jour au lendemain. Ainsi, 880 000 personnes, soit le double de l’an dernier (426 000) et plus de huit fois plus (99 735) qu’en 2017, n’ont eu d’autre choix que de fuir sans savoir vraiment où aller. Cent-vingt y ont perdu la vie.

« Une crise humanitaire à grande échelle se développe au Soudan »

Khartoum, la capitale soudanaise, et ses alentours, se situent dans l’une des zones les plus touchées.  Devant ce drame humanitaire, le Secours Islamique France (SIF) a décidé de réagir, en partenariat avec le Croissant Rouge Soudanais. Ioannis, chef de mission itinérant, s’est donc rendu au Soudan du 18 octobre au 8 novembre. Il a pu constater les dégâts  et participer au nom du SIF à la distribution d’une aide alimentaire d’urgence pour les plus vulnérables.

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Des milliers d’habitations ont été détruites par les inondations, l’insalubrité règne.

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Le SIF, avec le Croissant Rouge Soudanais, a organisé une distribution alimentaire d’urgence.

« J’ai rarement vu une catastrophe humanitaire pareille, j’en avais mal au cœur, assure le chef de mission itinérant du SIF. Si le Soudan est malheureusement un habitué des inondations, personne ne s’attendait à un tel débordement du Nil Bleu, pas même les autorités. Beaucoup de personnes ont tout perdu et risquent de devoir tout recommencer à zéro… »  Du côté du Programme Alimentaire Mondial (PAM), le son de cloche résonne des mêmes inquiétudes. Matthew Hollingworth, le représentant au Soudan de cet organisme d’aide lié à l’Organisation des Nations Unies (ONU), a ainsi récemment dénoncé publiquement la gravité de la situation.
« Ces conditions difficiles ne peuvent que s’aggraver sans aide humanitaire adéquate, prévient-il. Nous devons tous nous préparer à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter des niveaux de faim catastrophiques déjà connus par le passé… » « Une crise humanitaire à grande échelle se développe au Soudan » a d’ailleurs insisté le mardi 17 novembre un porte-parole de l’ONU. Ce dernier s’inquiète de l’afflux de réfugiés venus de l’Ethiopie voisine en raison de l’opération militaire en cours dans la province du Tigré. Depuis le 10 novembre, plus de 27000 personnes ont traversé la frontière pour fuir les combats et trouver refuge au Soudan. « C’est un afflux comme on n’en a pas vu depuis deux décennies, ajoute le porte-parole. Cela est rapidement en train de submerger les capacités d’aide des organisations humanitaires sur le terrain… » 

Des inondations dévastatrices

Les propos de ces témoins reflètent parfaitement la réalité de la détresse de la population locale, qui ne cesse d’accentuer une précarité devenue la norme. Les inondations ont endommagé ou complètement détruit des milliers d’habitations, de bâtiments et d’infrastructures publiques. Des hôpitaux et des centres de soin sont également touchés, tout comme des écoles, où des sans-abris se sont réfugiés, faute de mieux. Certaines routes commerciales sont devenues impraticables.

« Au Soudan, la faim est partout »

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Au Soudan, tout est à reconstruire après les inondations, l’ONU parle d’une crise humanitaire majeure.

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Des membres du SIF préparent des colis alimentaires d’urgence pour les Soudanais.

Des terres agricoles fertiles sont hors d’usage et une partie du bétail n’a pas survécu. Les déchets charriés par les inondations ont contaminé des réserves d’eau, engendrant une insalubrité alarmante et dangereuse pour la santé des populations les plus fragiles, particulièrement celle des enfants. «70% des terres sont utilisées pour l’agriculture et l’élevage, c’est vital pour le Soudan, poursuit Ioannis, le chef de mission itinérant du SIF. L’alimentation de 40 millions de personnes en dépend. Mais tout est fichu, la faim est partout. De plus, des installations sanitaires ont débordé, et ont contaminé l’eau, déjà polluée par des détritus ou des cadavres d’animaux. L’eau est donc vectrice d’infections et de maladies comme la malaria. L’insalubrité règne, ce qui complique également la mise en place de mesures sanitaires contre la COVID-19… »

Le SIF intervient avec une distribution alimentaire d’urgence

Les besoins des sinistrés s’avèrent donc immenses. Pour plus de réactivité, le Secours Islamique France a choisi d’établir un partenariat avec le Croissant Rouge Soudanais, contact privilégié du gouvernement local et ONG reconnue pour la qualité de son engagement humanitaire. Cette collaboration avec une organisation déjà bien implantée et active au Soudan permet au SIF de mieux évaluer et appréhender la complexité de la situation actuelle dans la région de Khartoum. Pour l’heure, ce sont 100 familles qui ont bénéficié d’un colis alimentaire. Au total, l’opération a bénéficié à 572 personnes en état de vulnérabilité extrême. Ces veuves, orphelins et victimes de maladies chroniques ne reçoivent d’ailleurs généralement pas d’aide émanant d’autres ONG ou organisations locales.
Ces kits composés majoritairement de denrées non-périssables telles que du riz, des pâtes, du sucre et du lait en poudre représentent donc une aide vitale. Ils suffiront à nourrir une famille de cinq membres pendant trois semaines, et ont été distribués sur rendez-vous dans un centre unique afin de respecter les indispensables protocoles sanitaires liés à la pandémie de la COVID-19.

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Le SIF et le Croissant Rouge Soudanais s’adaptent à la crise sanitaire pour protéger la population.

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L’aide alimentaire d’urgence du SIF et du Croissant Rouge Soudanais est vitale pour les bénéficiaires.

Au Soudan, la famine gagne chaque jour du terrain

Mais la mission du SIF ne s’est pas arrêtée là. Ioannis s’était également déplacé afin d’évaluer l’éventualité pour notre ONG d’engager d’autres opérations humanitaires d’urgence ou encore de développement dans le futur. Notre chef de mission itinérant a pu s’entretenir avec la Commission d’Aide Humanitaire du Soudan, l’organisation gouvernementale gérant les interventions humanitaires dans le pays. « Les bénéficiaires ont reçu les colis avec beaucoup d’émotion, conclut le membre du SIF.
Mais ils nous ont dit qu’ils n’étaient pas les seuls à être dans le besoin, et qu’on ne devait pas oublier leurs frères. Clairement, les besoins alimentaires et d’infrastructures sont énormes. Il est impossible de fermer les yeux sur une telle catastrophe. On doit agir dès maintenant, et se projeter vers l’avenir. Sans perspectives de récoltes ni bétail, on sait déjà que les carences alimentaires seront horribles l’année prochaine… »