Le SIF a participé aux Champions de l’Education pour son Projet d’accès à l’éducation
non-formelle et à la protection en Syrie

Le SIF a présenté le 22 septembre son Projet d’accès à l’éducation non-formelle et à la protection en Syrie (en partenariat avec UNICEF) à l’occasion des « Champions de l’Education », dédiés à la réponse en matière d’éducation en contexte de Covid19 avec un focus sur les questions d’équité et d’inclusion.

Les Champions de l’éducation sont des événements réguliers co-organisés par la Coalition Education (dont le Secours Islamique France est membre) et l’Agence Française de Développement qui visent à faciliter la collaboration et l’échange d’expériences entre les organisations de la société civile impliquées dans l’accès à l’éducation, à l’international.

Retrouver l’enregistrement de notre webinaire ci-dessous avec l’intervention de notre référente technique enfance, Elsa Bourget.

Avant la crise du COVID, plus de 2.1 millions d’enfants n’étaient pas scolarisés en Syrie et 1.3 millions d’enfants étaient à risque de décrochage. Dans ce pays ravagé par la guerre depuis 2011, un tiers  des écoles sont abîmées ou détruites, plusieurs centaines ayant subies des attaques ciblées. Les enfants sont de plus en plus exposés aux violences les plus graves et à l’extrême pauvreté, ce qui contribue au développement d’un haut niveau de détresse psychosociale.

Comment assurer l’accès de toutes et tous, y compris des enfants les plus vulnérables à une éducation de qualité ? Lorsqu’une nouvelle crise, liée à la COVID, entraine la fermeture des espaces d’apprentissage et exacerbe les vulnérabilités et disparités préexistantes, comment maintenir les opportunités d’apprentissage pour ces enfants tout en assurant leur protection ?

Le Projet d’accès à l’éducation non-formelle et à la protection en Syrie mené par le Secours Islamique France depuis 2019, en partenariat avec UNICEF, vise à assurer un accès équitable à l’éducation et à la protection pour 9 000 enfants non scolarisés ou à risque de décrochage scolaire. En offrant l’accès à des opportunités d’éducation non-formelle, dans des centres communautaires et des écoles publiques, nous permettons aux enfants d’intégrer ou réintégrer le système éducatif formel et d’achever leur scolarisation. Cette action est aussi rendue possible grâce aux activités de protection intégrées à ces activités éducatives, qui contribuent à surmonter les barrières à l’éducation et à renforcer la résilience des enfants les plus vulnérables face aux traumatismes qu’ils ont pu vivre. Le SIF soutient ainsi un ensemble de services de prévention et de réponse à base communautaire : sensibilisation aux risques des mines non explosées, aux violences basées sur le genre, soutien psychosocial, gestion de cas  individuel et, si besoin, référencement vers des services spécialisés de protection. Par cette approche holistique, nous nous assurons que le plus grand nombre d’enfants puisse jouir de leur droit à l’éducation de manière équitable, tout en se sentant en sécurité.

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Avec la crise soudaine de la COVID19, les équipes du  SIF ont su s’adapter et réagir rapidement pour adapter notre programme. Ainsi, malgré la fermeture des écoles et des centres dès mi-mars, l’éducation à distance a pu être assurée durant le confinement : des contenus d’éducation alternatifs ont été créés et adaptés, des classes virtuelles ont été mises en place via des groupes Whatsapp dès le 1er avril.  Les centres ont pu rouvrir le 10 juin afin d’accueillir à nouveau les enfants, puis les écoles le 9 août.

Grâce à ce projet, 770 enseignants ont pu être formés, 9 102 enfants (dont 52% de garçons et 48% de filles dont 1 625 en situation de handicap) ont pu bénéficier de notre programme d’éducation non formelle, 2203 enfants non scolarisés sont retournés à école et 7 508 enfants et jeunes ont pu bénéficier d’activités de protection.

Dans les contextes de crise, comme en Syrie, l’inclusion de toutes et tous dans les programmes est d’autant plus complexe à assurer du fait des nombreuses vulnérabilités auxquelles il faut répondre. Une approche la plus intégrée possible est nécessaire : pour assurer l’éducation des enfants ou leur retour dans le système scolaire, il est impératif d’assurer leur protection. Pour cela il faut aussi des moyens adéquats et suffisants.

En Syrie, ces derniers mois, les financements humanitaires ont été principalement dédiés à la réponse COVID, sur d’autres secteurs que l’éducation et la protection. Aujourd’hui, seulement 0.53% de l’aide humanitaire globale est fléchée sur la protection (soit 172 millions $USD en 2018[1]), ce qui démontre un besoin urgent d’une meilleure répartition des financements humanitaires. Les financements multilatéraux pour l’accès à l’éducation en zone de crise doivent aussi être priorisés,  accrus,  et flexibles pour répondre rapidement aux chocs et donc à une seconde vague potentielle. Jusqu’à ce jour, seulement 2,1% du financement humanitaire va à l'éducation selon le Rapport mondial de suivi sur l'éducation de l'UNESCO[2].

[1]Unprotected : crisis in humanitarian funding for child protection”, The Alliance for Child Protection in Humanitarian Action, Save the Children International, 2019
[2] Messages de plaidoyer de l'INEE pour la période de pandémie et post-pandémie de Covid-19, « Prioriser, protéger et planifier l'éducation ».

En cas de deuxième vague de la COVID19, les enfants en contexte de crise ne doivent pas être davantage laissés pour compte. Dans les plans de réponse à la pandémie, il faut renforcer et prioriser les services sociaux de base tels que l’éducation et la protection en fournissant une réponse intersectorielle et coordonnée. En Syrie, le retour à l’école pour toutes et tous doit être encouragé et assuré. Il faut tenir compte des normes de protection et prévoir un soutien psychosocial. Une nouvelle fermeture des écoles doit être évitée autant que possible car elles restent un lieu de sociabilisation et un environnement protecteur pour les enfants syriens traumatisés par la guerre. Un second confinement ne ferait qu’avoir  un nouvel impact psychosocial néfaste.

Des approches d’apprentissage plus flexibles peuvent être mises en place. Notre participation aux Champions de l’Education fut également l’occasion de rappeler que la fracture numérique est à l’origine de nombreux décrochages scolaires, il convient donc d’améliorer l’accès aux technologies informatiques et l’accès à l’internet afin de pouvoir mener des approches alternatifs d’apprentissage à distance.

Enfin, il est important de renforcer le système formel éducatif syrien, au risque de voir des enfants à nouveau abandonner l’école.