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Témoignage de Mohammed Ali (Responsable communication) Secours Islamique Palestine
Le samedi 1er Mars 2008 a été l’un des jours les plus sanglants dans l’histoire récente de Gaza. 62 palestiniens ont perdu leur vie…
En me réveillant ce matin là, j’ai allumé la télé pour regarder les informations. On parlait d’environ 30 gazaouis tués et de 100 autres blessés. Les images montraient des enfants qui pleuraient, des enfants terrifiés : Israël venait de mener une opération militaire dans le camp de réfugiés de Jabalia.
On pouvait entendre les drones, les hélicoptères militaires, mais aussi les explosions. La tristesse, l’angoisse et l’attente du pire imprégnaient l’atmosphère générale.
Je me suis préparé et j’ai décidé de me rendre à « Al Shifa », l’hôpital principal de Gaza. J’ai emporté l’appareil photo avec moi. J’étais loin d’imaginer ce qui m’y attendait. A l’entrée des urgences, j’ai remarqué des vêtements et des chaussures couverts de sang. Quelques instants après, les ambulances se sont succédées. La première transportait un jeune garçon de 16 ans, couvert de sang. La seconde transportait deux hommes. L’un d’eux, recouvert, était mort. L’autre était grièvement blessé. Le chef ambulancier, lui aussi blessé aux cuisses, hurlait de douleur. Cinq autres ambulances sont ensuite arrivées simultanément. Les urgences étaient bondées de blessés, de médecins, de familles, de journalistes… tout le monde courait, criait, pleurait.
Je prenais des photos lorsque j’ai remarqué le jeune garçon de 16 ans, arrivé à l’hôpital peu après moi. Je suis allé vers lui. Personne ne s’en occupait. J’ai commencé à lui parler pour le rassurer, mais il était complètement horrifié. Il m’a regardé avec ses yeux en pleurs et m’a dit « Aidez moi s’il vous plaît, ne me laissez pas mourir… ». Je ne savais pas quoi faire excepté lui tenir les mains et le rassurer. Il avait de sérieuses blessures. J’ai couru chercher un médecin, mais ils étaient tous débordés. Heureusement, j’ai fini par en trouver un pour l’examiner. Après l’avoir ausculté, il cria « Il y a un garçon ici qui a besoin d’une intervention chirurgicale tout de suite ! ». Le garçon, affolé, se mis à pleurer encore plus. Moi, je lui tenais toujours les mains, jusqu’à ce qu’ils l’emmènent au bloc opératoire. Je ne sais toujours pas ce qu’il lui est arrivé…
L’incident m’a bouleversé. Finalement, j’ai décidé de rentrer chez moi me reposer. Je pensais que tout était fini, j’avais tort…
Les attaques contre les civils se sont poursuivies au nord de la bande de Gaza et le nombre de victimes s’est dramatiquement accru. Je suis retourné à l’hôpital Al Shifa. Toutes les dix minutes, une ambulance arrivait avec des blessés et des morts. Le plus étonnant était que la plupart d’entre eux étaient des femmes et des enfants. Après 22h heure locale, on annonçait la mort de 62 gazaouis, dont 17 enfants. 200 autres personnes avaient été blessées. 80 d’entre elles étaient dans un état critique.
En fin de journée, l’hôpital a contacté le Secours Islamique pour une réunion d’urgence. Les soins intensifs étaient surchargés de blessés et leur nombre dépassait largement la capacité de l’hôpital.
Il fallait trouver rapidement du matériel supplémentaire : moniteurs, respirateurs, bandages chirurgicaux, etc. Très rapidement, nous avons rassemblé le matériel médical disponible et l’avons livré à l’hôpital.
Afin de vérifier que tout se passait pour le mieux, je me suis rendu aux soins intensifs où les techniciens installaient les nouveaux moniteurs et respirateurs offerts par le Secours Islamique. J’ai reçu un choc en entrant dans le service. La scène était indescriptible. On entendait partout le bruit des moniteurs… Parmi les patients, il y avait un jeune homme qui avait perdu sa jambe. Un autre avait le visage recouvert de bandages. Il y avait aussi un jeune bébé âgé de 15 mois. On pouvait lire l’innocence sur son visage. Le médecin m’a informé que son état était critique, mais stable. J’ai été pris d’affection pour ce petit enfant, peut être parce que j’avais moi-même un enfant du même âge.
Dix minutes plus tard, il y eut une agitation. Les médecins accouraient de toutes part. Ils se dirigeaient vers le bébé pour lui faire un massage cardiaque. L’alarme du moniteur était forte et une lumière rouge s’était allumée… Je me suis rapproché du lit du petit. Le cœur serré j’ai demandé aux médecins ce qui se passait… Le médecin qui continuait d’effectuer la stimulation cardiaque ne cessait de répéter « toujours rien ! ». Je me mis à prier… Je demandais à Allah (swt) de l’aider… Les médecins étaient toujours très occupés. Soudainement, l’un d’entre eux dit « Il y a de l’espoir… ». Deux minutes plus tard, l’état du bébé s’était stabilisé, il avait des chances de survie. Soulagé, je suis retourné auprès des techniciens. J’avais hâte qu’ils terminent leur installation car je voulais retourner auprès du bébé. 15 minutes plus tard, ils avaient fini. En me dirigeant vers le lit de l’enfant, j’ai vu les médecins qui débranchaient les machines auxquelles il était relié. Il était mort… Je ne pouvais y croire. Je regardais le médecin, sans un mot. Il me dit « J’ai fait mon possible… mais c’est la volonté de Dieu. »
J’étais triste. Qu’avait mérité cet enfant pour recevoir une balle dans la tête ?
Je suis rentré à la maison, le cœur brisé. Les larmes aux yeux, je regardais mon fils et j’avais peur qu’il soit le prochain sur la liste…
Mohammed Ali Secours Islamique Palestine
Mars 2008 - Gaza

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