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Article paru en juin 2008 - Le Partenaire Humanitaire

Journal d’information des donateurs du Secours Islamique France

 

 

La dégradation des terres affecte deux milliards de personnes, le tiers de la surface de la planète, et touche environ 100 pays répartis sur tous les continents. Déforestation et désertification conduisent à la dégradation des écosystèmes entraînant une perte de biodiversité, la dégradation de la fertilité des sols et de la capacité de rétention en eau, l’augmentation de l’érosion et la diminution de la capacité de stockage du carbone, ce qui altère le bien-être et les conditions de vie des populations.

 
 
Il s’agit d’un problème local et global d’environnement et de développement. L’homme est à la fois la cause et la victime de la désertification. Les scénarios du futur montrent que les terres dégradées vont probablement augmenter avec la croissance démographique et celle des besoins alimentaires et énergétiques.
Si rien n’est fait, les conditions de vie du tiers de l’humanité vont se détériorer d’une manière insupportable : insécurité alimentaire, risques sur la santé, déstabilisation des sociétés, augmentation de la pauvreté, migrations forcées, etc.
 
Les coûts de la dégradation
 
Cette dégradation des terres a un coût malheureusement sous-estimé. Une évaluation mondiale donne un montant de 64 milliards de US$/an. Ces coûts doivent prendre en compte la désorganisation des sociétés contraintes de rechercher des solutions pour parer à la chute des revenus. Les réactions des populations, soumises à des crises sévères, vont selon une échelle de gravité croissante : ajustements dans le cadre de systèmes traditionnels, modifications du régime alimentaire, emprunt, recherche de travail non agricole, émigration temporaire, vente du bétail, de biens (terres, meubles…), émigration définitive, soit vers d’autres zones rurales, soit vers les villes, soit à l’étranger.
 
Des solutions de lutte proposent des adaptations réussies aux situations de sécheresse parmi lesquelles : les méthodes physiques (cordons pierreux, diguettes, aménagements en terrasses), les méthodes biologiques (bandes herbeuses, boisements), les méthodes mixtes et des méthodes plus complexes (agroforesterie, semis sous couvert végétal).
Les investissements nécessaires à la réhabilitation des milieux se montent à environ 300 à 400 US $/ha/an pendant trois ou quatre ans ; ils permettent un doublement des rendements et des taux de retour économique qui peuvent atteindre 20 à 30%. Cela montre que sous certaines conditions (politiques publiques stables, paix civile,…) les investissements agricoles sont économiquement rentables.
 
Développer les zones arides
 
Les mécanismes existants ont montré leurs limites. Les agriculteurs et les éleveurs ne peuvent investir, ils vivent déjà en deçà du seuil de pauvreté. Les budgets des Etats gèrent quant à eux de multiples priorités (santé, éducation, infrastructures, etc…) ; les investisseurs privés n’ont pour l’instant jamais prêté à des agriculteurs familiaux car ils manquent de caution ; le micro crédit ne peut dégager de telles sommes et bien souvent l’argent envoyé par les migrants sert à couvrir les besoins familiaux de base.
Il reste l’Aide Publique au Développement. Pour mobiliser cette APD, les Etats ont à définir en priorité les investissements agricoles; or les agences d’aide ont souvent leurs propres priorités.
Il n’est pas certain qu’aujourd’hui les instruments de l’APD soient bien adaptés pour que l’aide parvienne aux véritables acteurs : les agriculteurs et les éleveurs. Les analyses montrent que, depuis plus de vingt cinq ans, les investissements agricoles provenant de l’aide publique au développement sont en baisse. En Afrique, ils se chiffraient en 1981 à 1,9 milliards de US$, soit 22% de l’APD, en 2001 à 0,99 milliards de US$ soit seulement 6% de l’APD.
 
Optimiser les savoirs
 
Il est pressant de repenser les investissements pour définir une politique agricole et encourager le développement rural. Cinq objectifs imposent leur nécessaire priorité.
 
Le premier pourrait être celui de la restauration des ressources naturelles. Le second, celui de la définition de systèmes agricoles et pastoraux durables répondant aux deux objectifs de production et de protection de l’environnement. Ces systèmes qualifiés de révolution « doublement verte » produisent plus, tout en maintenant le capital naturel à un haut niveau. Le troisième est celui des investissements dans le capital humain et le capital sociétal. La formation des personnes et l’aide à la constitution de groupements d’agriculteurs et d’éleveurs accompagnent les sociétés rurales vers une autonomie financière réelle et la capacité de passer des contrats. Le quatrième objectif passerait par la mise en place d’une économie de marché régulée assurant la stabilité des prix des produits agricoles. Le cinquième concerne la promotion de la commercialisation des produits grâce à des politiques de filières. Il reste la mise en valeur des zones arides dédiées à la production d’énergie solaire, l’aquaculture, l’écotourisme et la mise en valeur de potentiels comme la vie sauvage, les oasis ou les aires naturelles protégées. Les zones arides constituent des réservoirs de gènes importants pour la mise au point de variétés améliorées plus résistantes à la sécheresse. Enfin les espaces arides pourraient être spécialisés dans la reforestation pour le bois de feu.
 
Marc Bied-Charreton
Professeur émérite, Président du CSFD (Comité Scientifique Français sur la Désertification)

 

 
 

 

Voir aussi :

Dossier spécial « Basculement Climatique ! » - Planète Humanitaire n°16

Le Sommet de Copenhague : alerte rouge pour l’environnement