CONFÉRENCE NATIONALE HUMANITAIRE 2018 : LES ONG AU DÉFI DE « TROUVER LA BONNE FORMULE »

LES ONG AU DÉFI DE « TROUVER LA BONNE FORMULE »

 
Les crises se multiplient, se complexifient- elles sont d’abord politiques et économiques, avant de solder par un désastre humanitaire-, et elles durent. Huit ans en moyenne, a calculé l’ONU.
« Trouver la bonne formule pour l’action humanitaire n’a jamais revêtu une aussi grande importance », a lancé, comme en défi, le Secrétaire général de l’ONU à la centaine d’ONG réunies à Paris pour la 4ème Conférence nationale humanitaire (CNH), organisée par le ministère des affaires étrangères le 22 mars.
 

ARTICULER AIDE D’URGENCE ET SOUTIEN AU DÉVELOPPEMENT DURABLE

 
Œuvrer sur des terrains de conflit sans se laisser instrumentaliser, apporter un soutien aux populations locales sans soulever de crainte d’ingérence, répondre à des besoins sans en créer de nouveaux… Deux ans après le sommet d’Istanbul, les ONG ont eu l’occasion de refaire le point sur les grands défis et tiraillements du secteur humanitaire.
 
Un consensus semble émerger sur la nécessité « d’inscrire l’humanitaire dans le traitement durable des crises », comme le formule le Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne. Ce qui implique des engagements pluriannuels de la part des bailleurs mais aussi une acculturation des « urgentistes », habitués à un tempo qui n’est pas celui du développement. « On a tendance à arriver tard et à partir tôt », selon Olivier Ray de l’AFD. Autre piste suggérée à Istanbul, l’investissement dans l’éducation, la santé et les services. Parce que la faim est souvent le résultat de l’abandon des services de base, constatent les ONG. Actuellement, moins de 2 % de l’aide humanitaire est consacrée à l’éducation.
 

ACTION HUMANITAIRE, SÉCURISATION DE L’ESPACE HUMANITAIRE : IL EST VITAL DE DISTINGUER MANDATS ET RESPONSABILITÉS

 
158 attaques ont été perpétrées contre des équipes humanitaires en 2016, 101 personnes ont été tuées, 89 kidnappées, détaille le rapport 2017 de US Aid. La sécurité des zones d’intervention préoccupe depuis longtemps les acteurs humanitaires. Pourtant, le plus dangereux, estiment-ils, c’est la confusion des rôles. Rien de pire, dans un contexte de conflit, que d’être assimilé par la population locale à ceux qui, au nom de l’ONU ou d’un Etat, assurent la sécurisation manu militari.
 
La logique sécuritaire peut entraver l’accès des humanitaires aux victimes et celui des populations à l’aide. Dans la région du Sahel, la crise alimentaire s’aggrave. Au Niger, un enfant sur cinq souffre de malnutrition, rappelle Philippe Jashan, président de Coordination Sud.
 
Acteurs exogènes, les ONG internationales sont souvent suspectées d’ingérence dans les contextes de conflits. Raison de plus, soulignent les participants de la CNH, pour renforcer la capacité des partenaires locaux. C’était d’ailleurs un des engagements du sommet humanitaire d’Istanbul. Un objectif qui va de pair avec la recherche de solutions humanitaires durables.
 
Depuis 2007 et le scandale de l’Arche de Zoé, les ONG se savent redevables auprès des donateurs ou des bailleurs et auprès des populations civiles. Si elles n’ont pas encore « trouvé la bonne formule pour l’action humanitaire », elles en poursuivent du moins la quête.
 
 
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TROIS QUESTIONS À AMAL ABOU EL GHAYT. RESPONSABLE PLAIDOYER ET RELATIONS EXTÉRIEURES DU SIF.

Amal Abou El Ghayt a modéré la table ronde
“humanitaire/développement, urgence et stratégie à long terme » de la CNH 2018.
Retrouvez la restitution des tables rondes.

 
Où en est-on sur la question de l’articulation entre aide humanitaire et aide au développement ?
 
Elle a longtemps suscité un débat au sein de la communauté internationale. Les acteurs humanitaires et les acteurs de développement se sont toujours posé la question : comment améliorer l’efficacité de leur aide ? Depuis une dizaine d’années, on note une évolution. Dans un contexte de crises majoritairement liées à des conflits, la question de la paix devient un élément majeur dans la gestion de ces crises. On parle alors d'un triple nexus : humanitaire-paix-développement.
 
Quel est le risque ?
 
Sur le terrain, il y a un risque que la population associe les opérations de corps militaires et celle des acteurs humanitaires. Il est important que ces deux mandats soient bien distincts. Concernant la stratégie humanitaire du gouvernement, nous avons fait avec les autres membres de Coordination Sud des recommandations en ce sens.
 
Deux tiers des moyens supplémentaires qui seront affectés à l’Agence française de développement devraient être consacrés à l’aide bilatérale. Une bonne nouvelle ?
 
L’octroi de moyens supplémentaires pour se donner la capacité de résoudre politiquement les crises est une bonne nouvelle, cela pourra permettre de dénouer des crises liées aux conflits mais l’aide bilatérale ne suffit pas. Il faut diversifier les mécanismes de financement à travers l’aide multilatérale et, notamment l’aide qui transite par les ONG. Le risque, quand tout se fait d’Etat à Etat est que d’une part la société civile, qui est active sur le terrain humanitaire, ne soit pas partie prenante dans les décisions et dans la définition des besoins; et que d’autre part les fonds mobilisés servent un agenda politique et pas nécessairement les besoins les plus urgents.