Quel bilan pour la COP22

 
 
Malgré les fortes déclarations politiques qui appelaient à une accélération de l’action, les négociations ont été plutôt lentes et les avancées timides. Les négociateurs ont laissé en suspens plusieurs sujets essentiels, qui sont tout simplement repoussés à l’an prochain pour la COP23 qui aura lieu à Bonn, sous la présidence des îles Fidji. Malheureusement, l’urgence est déjà là et le Secours Islamique France rappelle que les évènements climatiques extrêmes sont de plus en plus récurrents, et la situation humanitaire des populations victimes ne va qu’empirer.
 
Le plus révélateur : les discussions autour des modalités de réévaluation des contributions nationales, qui sont prévues en 2018, n’ont pas fait émerger de consensus et donc elles seront reprises l’an prochain. Il s’agit d’une grande déception car les efforts actuels pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et limiter le réchauffement climatique à 1.5°C sont largement insuffisants.
 
Sur les financements, les Etats ne se sont pas non plus davantage engagés : les pays développés ont rappelé leur volonté d’atteindre les 100 milliards de dollars par an pour la « finance climat » à partir de 2020 (un engagement pris à Paris en 2015), mais les modalités sont floues, notamment sur la réalité des fonds qui vont être mis à disposition, le calendrier, et la répartition entre adaptation et atténuation.  
 
Si l’adaptation a été mise davantage en avant cette année du fait de l’impulsion des pays en développement, notamment africains, et de la volonté du Maroc de faire de cette COP une « COP de l’Afrique », une COP défendant les intérêts des populations les plus vulnérables, le volet atténuation reste la priorité pour les pays développés, qui sont bien sûr les bailleurs des financements climat. De ce fait, les pays donateurs ont prévu que seuls 20% des 100 milliards de dollars seront destinés  au financement de l’adaptation d’ici à 2020. Pourtant l’Accord de Paris affirme la nécessité d’un « équilibre » entre les fonds adaptation et les fonds atténuation. Pour l’année à venir, seulement 80 millions de dollars ont été prévus pour alimenter le fonds d’adaptation, principalement par l’Allemagne.
 
Le mécanisme de Varsovie, relatif aux pertes et préjudices liés aux incidences du changement climatique, et qui traite notamment des déplacés forcés, a été prolongé pour cinq ans. Cette prolongation est à saluer mais là aussi, reste à définir les actions concrètes et les financements.
 
D’un point de vue sectoriel, seule l’agriculture a été prise en compte dans les négociations mais les discussions n’ont pas permis de trouver un consensus. Le blocage et le report des discussions à 2017 a largement été dénoncé par la société civile.
La thématique de l’eau a pu être seulement discutée dans le cadre de « l’Agenda de l’Action ». L’Agenda de l’Action rassemble des initiatives portés par les acteurs non étatiques, notamment les entreprises, les collectivités territoriales, la société civile. Cet agenda suscite aussi des inquiétudes, en termes de solutions, de gouvernance et de transparence. Une large frange de la société civile craint la mise en place de « fausses » solutions, d’autant plus que l’encadrement, le suivi et l’évaluation de ces initiatives devient problématique face à leur multiplication.
 
Cette COP22 n’a pas donc atteint les objectifs attendus car elle n’a pas permis la définition d’un cadre de mise en œuvre pour l’Accord de Paris. Il est sûr que le dynamisme vécu lors de la COP21 était particulier mais il est essentiel que les Etats restent sur cette même lancée pour répondre à l’urgence climatique. Et la responsabilité incombe également aux acteurs non étatiques : entreprises, collectivités, associations, la société civile dans son ensemble doit se mobiliser afin de lutter contre ce dérèglement, appuyer les populations vulnérables pour qu’elles puissent s’adapter et renforcer leur résilience.