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Rayan F, membre du Secours Islamique nous raconte son quotidien en Irak : « Je travaille au Secours Islamique en Irak depuis septembre 2004. Tout se passait très bien jusqu’au jour du kidnapping des membres du SI. Grâce à Dieu, ils ont été relâchés, mais leurs regards reflétaient les stigmates de ce qu’ils avaient enduré. J’ai eu la certitude que l’organisation allait affronter de plus en plus de difficultés sur le terrain. L’insécurité et les dangers ont poussé plusieurs salariés à quitter le travail. Moi, j’ai eu la fierté d’intégrer le service de logistique ; ce pôle représentait la pierre angulaire de nos actions en Irak. Cela me permettait d’aider plus encore. Mais, les conditions de travail allaient de mal en pis. Il nous est arrivé de passer 13 heures sur route pour parcourir 100 km afin de distribuer de l’aide !

L’attentat dans le mausolée d’Al Askarine a déclenché une vague d’assassinats, de kidnapping, de voitures piégées… C’est lors de cette période que nous avons perdu notre collègue Al Hadj Ali qui a été kidnappé et assassiné juste après. En allant au travail, nous ne savions pas qui allait rentrer le soir, mais face à l’immensité des besoins, nous devions absolument tenir pour distribuer les aides… Je ne peux pas raconter tout ce que nous endurons… je ne crains pas la mort, le jour sera choisi par Dieu, mais le kidnapping m’horrifie. Chaque fois que je vois un corps, je me demande si mon sort sera le même. Celui qui lira mon témoignage dira qu’il est pessimiste. Il ne raconte pourtant qu’une partie de ce que je vis… La seule lueur qui me reste, c’est la miséricorde de Dieu. »

Fuir pour survivre

Notre chargé de mission, T Laangry, a rencontré deux familles irakiennes déplacées.

Oum H. ouvre son cœur et raconte son histoire... Oum H. avoue ne jamais avoir pensé à quitter l’Irak, car elle n’a rien fait de mal et aime son pays. Mais ses enfants ont fait pression et elle s’est résignée à tout abandonner pour fuir avec eux. Elle regrette amèrement sa terre natale où elle vivait dans sa propriété enserrée de jardins. Aujourd’hui, elle vit avec son mari, ses deux fils, sa belle fille et ses trois petits enfants (des triplés), dans un petit appartement.

Avant de fuir le pays, ils vivaient quotidiennement les explosions nocturnes et les disparitions fréquentes. Les personnes de certaines professions (médecin, aviateur, universitaire…) ont été contraintes à l’exil par des menaces persistantes. L’atmosphère angoissante, où un parfum de mort erre plus qu’ailleurs, imposait l’isolement aux habitants qui ne sortaient qu’en cas de véritable nécessité.

Rawa, la belle fille d’Oum H., raconte sa grossesse et son accouchement par césarienne pour les triplés. Timidement, elle sourit en confiant qu’elle a eu énormément de chance grâce à Dieu. Les triplés, timorés, ne répondent pas aux appels des visiteurs. Ils ont été habitués à rester enfermés sans jamais voir d’étrangers puisque même les visites aux autres membres de la famille étaient rendues trop dangereuses, en plus des routes et des ponts extrêmement détériorés.

La famille d'A. Abdalah, réfugiée en Jordanie : A. Abdalah, sa femme Layali et leurs 5 enfants ont quitté l’Irak en juin 2006. Avant la crise, cette famille menait une vie paisible, mais petit à petit la situation s’est dégradée et s’est transformée en drame quotidien avec le survol des avions militaires, les missiles et les bombes qui explosaient près de leur maison, les écoles et les bâtiments alentours ; avant de devenir un véritable cauchemar avec les kidnappings d’enfants la nuit, les fouilles systématiques de maisons. Cette famille a connu plusieurs nuits sans sommeil et son lot de gardes nocturnes à tour de rôle. Dans ce climat oppressant, la famille a dû se résigner à l’exil.

Ce qui était le quotidien de cette famille le reste aujourd’hui pour des milliers de personnes, qui n’ont pas pu fuir, dans la région d’Al Azamiya, en Irak.

Abdalah et sa famille se sont vite trouvés face à d’autres difficultés. Après avoir passé huit mois en Syrie, ils sont allés en Jordanie où ils vivent clandestinement. Aujourd’hui, la famille tente, tant bien que mal, de retrouver une vie normale, mais les séquelles de l’exil sont inexorables. La famille vit au quotidien le sentiment d’être de trop dans un pays où ils sont sans papiers. Les filles aînées sont dans l’incertitude pour leurs études et ne peuvent passer aucun examen sans leurs papiers restés en Irak.

L’angoisse est omniprésente et les traumatismes indélébiles. Même s’ils semblent tous aller bien, les yeux de Layali en disent long sur le calvaire et la tristesse d’une fuite forcée. Il n’est pas utile de poser beaucoup de questions pour saisir le parcours douloureux de cette famille irakienne. La décision de tout quitter, du jour au lendemain, n’est pas facile à prendre mais la peur et le besoin vital d’être en sécurité priment.

La famille d’A. Abdalah nourrit l’espoir de repartir en Irak. Layali retient ses larmes et dit sobrement être contente d’avoir pu préserver sa famille, même si l’avenir est incertain. Avec des économies qui s’amenuisent, l’aide du Secours Islamique est vitale.


          

        

 

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Le Secours Islamique est une ONG, membre consultatif au Conseil Économique et Social des Nations unies et membre de l’ECHO (Office humanitaire de la Commission européenne).